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Publié par alternativesenmedecinegenerale

lu sur EGORA ce jour :je partage ses points de vue !

 

 

 

Le docteur Paul Le Meut est un ex médecin généraliste. Ancien directeur du département de médecine générale de la fac de Rennes il a aussi été délégué régional du syndicat MG France et président de la section "généralistes" de l’Union Régionale des Médecins Libéraux de Bretagne. Bien qu’il ait arrêté d’exercer en libéral à la cinquantaine pour assumer des fonctions médicales d’encadrement salariées, il se décrit comme un "militant de la médecine générale".  Il vient de sortir un livre qu’il a autoédité. Médecine générale : courage fuyons est malgré les apparences un plaidoyer en faveur de la médecine générale.

 

Egora.fr : Pourquoi intituler votre livre : Médecine générale, courage, fuyons ?

J’avais cette idée du titre avant même d’avoir écrit le livre. J’aime bien l’ambigüité. Les gens peuvent se demander s’il faut fuir la médecine générale mais ce n’est pas le cas. C’est aussi un peu mon parcours. Je pense qu’il faut du courage pour fuir et se reconvertir. Ce message s’adresse aussi aux décideurs et à leur manière de faire la politique de l’autruche.

 

Vous avez arrêté la médecine générale à la cinquantaine, pourquoi ?

Dans ma vie professionnelle, j’ai toujours été très engagé dans la défense de la médecine générale. J’ai eu des activités multiples au niveau syndical, au niveau de la formation médicale initiale et continue. J’ai toujours été un militant de la médecine générale jusqu’au jour où je me suis rendu compte que de l’intérieur on se battait un peu contre des moulins à vent. Je me suis dit que finalement, il serait peut être plus facile de tenir un discours sur la médecine générale qui puisse être entendu si on n’était pas considéré comme quelqu’un qui se plaint tout le temps, qui est syndicaliste… Ca a été le point de départ de ma décision de quitter la médecine générale. Je me suis dit que de toutes façons, à l’intérieur, je ne voyais pas comment faire avancer les choses et que se serait plus facile de l'extérieur. C’est vraiment pour avoir une réflexion plus politique sur le système de santé que je me suis désengagé.

 

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

D’entrée de jeu, j’avais l’idée de développer une réflexion sur la médecine générale vue par un ancien généraliste. Finalement le livre semble être un outil privilégié pour faire passer des messages. L’idée n’est pas d’envoyer une alerte à mes collègues pour qu’ils quittent en masse la médecine générale mais plutôt de défendre cette spécialité. Elle a des beautés et des difficultés, le problème c’est qu’actuellement, se sont surtout les difficultés qui sont au premier plan.

La place donnée aux soins primaires est un élément clé de la qualité de la prise en charge des populations. C’est le point central de ma réflexion. Mon livre n’est pas corporatiste mais je me suis plutôt demandé ce que pouvait être une bonne prise en charge des populations. On n’aura pas d’amélioration de la prise en charge si on ne repense pas le système de santé avec une base de soins primaires. Les généralistes sont prêts à ce qu’on s’appuie sur eux mais pas à ce qu’on les écrase. En écrivant ce livre je me suis rendu compte que la situation était plus grave que ce que je pensais.

 

D’après vous, où en est la médecine générale aujourd’hui ?

Disons qu’elle stagne. Nous avons des progrès très symboliques. Le premier c’est celui de la création d’une filière de médecine générale à l’université. Je trouve que ce qui marche le mieux dans la médecine générale, c’est la formation des futurs généralistes. En dehors de cette reconnaissance universitaire, qui reste symbolique, le métier lui-même ne bouge pas et je dirais même qu’il a tendance à régresser. Il y a de plus en plus de contrôles, de pinaillage de la part de l’assurance maladie. Je pense qu’elle voit le généraliste comme quelqu’un qui dépense de l’argent mais ne le voit pas comme un élément essentiel d’une prise en charge de qualité des populations. Il y a 20 ans j’avais l’espoir que le métier évolue positivement, finalement rien n’a bougé ou alors pas dans le bon sens, donc je me dis qu’il y a un réel malaise.

J’ai aussi redécouvert à travers ce livre que les généralistes sont des gens qui souffrent. Et cela n’est pas seulement professionnel mais aussi personnel. Il y a eu beaucoup d’études sur le burn-out des généralistes. Il y a aussi énormément de suicide dans cette profession, bien que pour le moment nous n‘ayons pas de d’études fiables. Je pense donc qu’il y a une réelle souffrance individuelle chez les généralistes. C’est très embêtant pour eux mais aussi pour leurs patients. C’est vrai qu’un généraliste qui ne va pas bien sera moins efficace qu’un généraliste bien dans sa peau. Indépendamment de la crise démographique qui s’annonce et qui va être une espèce de raz de marée, il y a aussi une réalité de crise sociale et professionnelle.

Toutes ses raisons me poussent à prendre la parole de l’extérieur, avec la légitimité de l’ancien généraliste pour montrer ce qu’est actuellement la place du médecin généraliste et de la médecine générale dans notre société.

 

Pourquoi la profession ne fait pas recette auprès des jeunes ?

La médecine générale est une profession qui a un gros attrait, c’est la relation avec le patient. C’est un atout que l’on ne retrouve pas dans d’autres métiers. En termes de connaissance du patient, de confiance réciproque, de soutien, c’est merveilleux. Après, il est vrai que lorsque l’on s’installe dans la vie, on pense à cet aspect des choses d’un côté et puis aux contraintes qui sont trop lourdes d’un autre. Actuellement, dans une société où la plupart des gens travaillent 35 h par semaine, penser que l’on peut demander aux médecins de travailler entre 55 et 57 heures, c’est se tromper lourdement.

Autre problème : l’environnement professionnel. Lorsque l’on compare avec un dentiste par exemple, on réalise qu’il a une assistante dentaire alors que le généraliste, lui,  n'a que 0,3% de secrétaire. La profession est stressante et elle a beaucoup d’astreintes en termes de gardes et de permanence des soins que les autres n’ont pas. Il faut que les pouvoirs publics arrêtent de gâcher les bonnes volontés en mettant de plus en plus de contraintes et de barrières et en dévalorisant systématiquement les généralistes dans le discours. Si on met la balance du plus et du moins je comprends parfaitement que beaucoup de jeunes ne choisissent pas médecine générale. Cela ne fait qu’aggraver le problème démographique. Ce problème est certes lié au numérus clausus, mais il est largement aggravé par le manque d’attractivité de la profession.

Il faut quand même se poser des questions. Pour l’instant je pense que ce n’est pas le cas. Il y a des propositions à l’emporte pièce qui ont assez peu d’intérêt. Les vraies questions, sont pourquoi sur 100 internes en médecine générale il n’y en a que 40 qui font de la médecine de premier recours ?  Et pourquoi parmi les médecins libéraux qui dévissent leur plaque, il y a plus de 70 % de généralistes ?

 

Quelles sont vos propositions ?

Il faut commencer par faire en sorte que les généralistes ne travaillent pas 55 mais plutôt 45 heures par semaine. Il faut donc se demander comment les généralistes, qui seront au fil des ans de moins en moins nombreux, pourront-ils travailler moins longtemps.

Je pense qu’il faut les dégager de toutes les tâches administratives. Le non-médical ne devrait pas être fait par les généralistes eux-mêmes, mais plutôt pas des sortes de manager. Il devrait aussi être possible de déléguer dans le médical. Non pas à la va vite mais en ayant une vraie réflexion où seraient impliqués les généralistes eux-mêmes et les autres professions sur le partage des tâches et éventuellement la délégation de tâches. Toujours dans le médical, une partie devrait pouvoir être gérée au jour le jour par une assistante médicale, à l’image de ce qui se fait chez les dentistes. C’est la qualité de vie du médecin qui est en jeu.

 

Comment payer tout ce nouveau personnel ?

La question c’est de savoir si les 20 % d’économie que l’on va faire sur les 20 % de généralistes en moins, on les met pour financer d’autres services hospitaliers ou si on les met dans les soins primaires pour financer ces postes là. C’est un choix stratégique de l’assurance maladie.

Actuellement, la médecine générale, c’est un tout petit plus de 4 % des dépenses d’assurance maladie, donc augmenter de 25 % les sommes investies dans la médecine générale revient à passer de 4 % à 5 %.

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