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Publié par alternativesenmedecinegenerale

Pétition anti-grève : "Ne comparons pas les médecins aux plombiers !"

Rémunérations par Sandy Berrebi le 16-11-201249 réaction(s)

Pétition anti-grève : "Ne comparons pas les médecins aux plombiers !"

Le Dr André Grimaldi est professeur d’endocrinologie à la Pitié Salpêtrière, ancien chef du service de diabétologie. Contre le mouvement  de grève destiné à protéger le secteur 2,  il vient de lancer une pétition prônant "l’égalité d’accès à des soins de qualité sur l’ensemble du territoire national". Le document compte déjà près de 500 signataires parmi lesquels une majorité de généralistes. Pour le Pr Grimaldi, la santé est un "bien supérieur" qui ne doit être traitée comme un commerce.

 

Egora.fr : Pourquoi avoir lancé cette pétition ?

Pr. André Grimaldi. Après l’accord conclu entre le directeur de la CNAM - sous les ordres de la ministre de la Santé - et les syndicats de médecins libéraux, un mouvement s’est déclenché sur le mot d’ordre : “Nous voulons des dépassements sans limites”. Il s’agit là d’une remise en cause sur le fond de notre système car on ne peut avoir un système égalitaire et solidaire avec des médecins conventionnés qui n’acceptent pas de limites (sauf le tact et mesure). La seule façon de le faire est de quitter le système. Dans ce cas là, qui va payer les coûts de santé ? Evidemment les mutuelles et les assurances privées. Or ces médecins disent aussi qu’ils ne veulent pas dépendre d’eux. Mais ce sont les dépassements d’honoraires qui font qu’ils en dépendent !

Et les mutuelles disent qu’elles vont réguler, qu’elles imposeront des règles. Du coup, on change de système pour se diriger vers un système à l’américaine. Il existe un organisme créé par les mutuelles et les assurances privées qui s’appelle Santéclair. Son but est de faire baisser les dépassements d’honoraires avec un argument majeur, auquel les grévistes ne répondent pas, qui est de s’interroger sur la justification de dépassements de 1 à 3, voire 4 ou plus pour une même activité, dans la même ville. A Paris une cataracte peut coûter 150 euros ou 1 500 euros. Ce n’est pas possible. Des limites doivent être données ! Or ils ne veulent pas de limites. Lorsqu’on leur demande qui pourrait réguler, ils répondent “Oh non pas Madame, La Caisse nous la haïssons, pas l’Etat, nous le détestons, pas les mutuelles ni les assurances privées”. Dans un système de santé solidaire et égalitaire, il n’est pas possible de dire, “Je refuse toute règle”.

D’un autre côté, j’entends aussi parfaitement que les tarifs, notamment en chirurgie viscérale du secteur 1, n’ont pas été révisé au prétexte qu’il y avait le secteur 2. 400 euros pour un cancer du colon, 1 000 euros pour l’œsophage… C’est évidemment très sous-valorisé. Bien sur qu’il faut revaloriser, mais lorsqu’on demande : “Etes-vous prêt à jouer le jeu ?”, la réponse est “Non, on ne veux pas de limites”. Comment être crédible !

Il y a un argument que tout le monde a repris et qui m’a fait sursauter : l’augmentation de tout, du  prix de la baguette, du coiffeur, du plombier…  Est ce que nos cotisations et nos impôts servent à rembourser la baguette, le plombier ou le coiffeur ?  Parce qu’ils sont chirurgiens vasculaire et qu’ils débouchent des artères, comment ces confrères peuvent -ils se comparer à un plombier ? Cette comparaison signifie que nous sommes des techniciens, régis par des lois du commerce. La santé est un bien supérieur. Je suis choqué qu’ils ne s’adressent pas aux patients. Ils ne s’adressent pas non plus aux confrères généralistes qui gagnent moins.

 

Justement, comprenez-vous l’inquiétude des généralistes ?

Evidement. Par le passé,  les syndicats libéraux ont plébiscité le numérus clausus, parce qu’il ne fallait pas qu’il y ait trop de médecins. Ce numérus clausus a créé des déserts médicaux, des conditions de travail très difficiles alors qu’en même temps, ces mêmes médecins libéraux se sont... [ pagebreak ]

accrochés au paiement à l’acte, qui est complètement contradictoire avec la prise en charge des maladies chroniques, notamment par les médecins généralistes. Il faut remettre à plat tout l’ensemble de notre système de santé. Soit on se dirige vers un système régulé et qui doit être négocié par les professionnels, soit on va vers un système où c’est l’argent qui régule, donc les assureurs privés et les mutuelles.

 

L’argument premier mis en avant par les libéraux est qu’ils veulent exercer médecine de qualité, et que les dépassement d’honoraires servent à financer les progrès techniques. Etes-vous d’accord ?

Parfaitement, et du coup on s’adresse et à la sécu et on lui dit “400 euros pour le colon, ce n’est pas possible, il faut que se soit 800”. Mais en même temps, les médecins peuvent-ils faire des économies ? Oui. Par exemple en prescrivant des génériques. Si on suit le modèle de l’Angleterre, c’est un milliard de gagné. Si on fait comme dans les pays du nord et qu’on en prescrit plus, c’est deux milliards. Est-ce qu’on peut s’engager à faire des économies pour revaloriser la qualité de l’acte ? Les médecins devraient s’allier avec les patients pour défendre la qualité des soins, l’autonomie de prescription (qui ne veut pas dire qu’on n’ait pas de compte à rendre) et pour lutter ensemble contre les gaspillages. Il faudrait proposer une régulation de la profession, sur des critères éthiques. Les collègues ne proposent que des critères commerciaux. A leur décharge, qui à dit  “hôpital entreprise, les médecins sont des producteurs de soins, les malades sont des consommateurs de soins” ? Qui a dit qu’il fallait gagner des parts de marché à l’hôpital ? Tout ce langage commercial amène à penser : je suis un technicien, je me compare au plombier.

La consultation pourrait être gratuite, ce n’est pas la question. La question est : quels revenus pour les médecins du pays ?  Et non comment on paye l’acte, ce qui amène les praticiens à multiplier les actes, comme cela se produit dans les hôpitaux à cause de la T2A. Comment est-ce que l’on rémunère des médecins dont on demande dévouement, qu’ils ne soient pas aux 35 heures, et qu’ils s’occupent du malade pour le mieux possible, sur les critères éthiques pour lesquels ils ont choisi ce métier ? Ca c’est un vrai débat.

 

Qu’aurait-il fallu faire ?

Il aurait fallu partir sur la défense du secteur 1. La tâche d’un gouvernement, c’est que dans tout le pays, les patients puissent être soignés correctement au tarif conventionné strict. Lorsqu’on est conventionné en secteur 2 à l’hôpital public, au moins 50% des actes doivent être facturés au tarif opposable. Je considère que les dépassements, les médecins concernés doivent les négocier avec les mutuelles et les assureurs privés, ceux qui les remboursent. Faire payer des consultations à des prix exorbitants est parfaitement choquant parce que la santé est un bien collectif. Si on choisi les patients en fonction de leur argent, on dégrade le métier et la qualité des soins. Aux USA, les consultations sont très chères et sont de moins bonne qualité. Si les médecins se mobilisent pour assurer la qualité de leur travail vis-à-vis de leur patient, s’ils se mobilisent pour revaloriser le secteur 1, je suis avec eux, tout de suite.

 

La ministre à très fortement encadré la revalorisation du secteur 1…

La ministre n’a pas fait grand-chose. Elle est partie sur une voie qui la plaçait dans une contradiction. La sécu négocie les dépassements, mais elle ne les solvabilise pas. Qui devrait négocier ? Ceux qui paient, c'est-à-dire les associations de patients et les assureurs privés. De son ... [ pagebreak ]

côté le gouvernement doit défendre le secteur 1 et imposer qu’un médecin conventionné assure au moins 50% de ses actes en secteur 1. Autrement être conventionné ne veut plus rien dire. Etre conventionné à honoraire libre, ce n’est plus être conventionné. Laisser les honoraires être régulés par les lois du commerce, cela pose un problème éthique.

 

Selon un récent sondage, très peu de Français (35%) soutiennent le mouvement des médecins libéraux, en revanche, ils sont 86% à soutenir les internes. qu’en pensez-vous ?

Ils ont le sentiment, à juste titre, que les internes travaillent beaucoup et sont très mal payés après des études longues. Il est étonnant de voir que les internes n’ont pas de revendications sur leurs propres conditions de travail. Ils se projettent comme soutien à ce qu’ils seront plus tard et d’ailleurs, c’est essentiellement des internes de chirurgie. Il faut effectivement que les internes aient des revenus meilleurs, des conditions de travail respectées. Il y a aussi une grande disparité. Il ne faut quand même pas voir les choses en bloc. Tous les internes ne sont pas des esclaves. Cela dépend des hôpitaux et des spécialités.

 

Les internes manifestent aussi pour leur liberté d’installation, les comprenez-vous ?

Pourquoi les mutuelles et les assurances privées souhaitent-elles un conventionnement sélectif pour réguler le système ? Parce que les dépassements d’honoraires sont hyper variables. Pour un cancer de la prostate, cela peut être 500, 1 000, 2 000 euros… Les mutuelles via Santéclair veulent gérer ça comme des associations de consommateurs pour faire baisser les tarifs. Refuser de réguler les dépassements d’honoraires, c’est donner le pouvoir aux mutuelles et aux assurances privées. Or les mutuelles sont moins égalitaires (les personnes âgées paient plus cher), moins solidaire (le tarif n’est pas proportionnel aux revenus), et beaucoup moins efficientes que la sécurité sociale. Les assurances privées, c’est 25% de frais de gestion, contre moins de 5% pour la Sécu. Les médecins devraient dire “La sécu est notre alliée”, mais ils disent “on ne veut pas des mutuelles et la sécu et notre ennemie”. On a dans notre culture française, depuis la révolution,  la haine de la sécu !

 

Est-ce que votre pétition n’attise pas la haine entre public et privé ?

Pas vraiment, elle est signée par une majorité médecins généralistes, par des collègues qui sont du secteur 2, par d’autres qui font du privé à l’hôpital. L’opposition n’est pas là, elle est entre ceux qui ne veulent pas de régulation et ceux qui la souhaite. L’idée que la santé est un bien public n’appartient à personne.

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Gxavier 06/01/2015 09:31

Je suggère que tous les patients règlent en toute petite monnaie (de 1 ct à 20 cts) leur consultation !!!!