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Publié par alternativesenmedecinegenerale

Lu sur EGORA ce jour vendredi 5 janvier

 

une illustration que le paiement à l'acte n'est bon pour personne ! je plaide aussi pour une financement autre des structures de MSP que nous portons où le financement à l'acte pénalise la qualité des soins, ne plaide pas pour une médecine type "sociale" ou tout simplement humaine !

 

 

Le Grand Conseil de la Mutualité (GCM) a licencié 35 médecins généralistes exerçant dans les 11 centres de santé des Bouches-du-Rhône. Mis en redressement judiciaire, le GCM a demandé à ses praticiens de passer d’un paiement à la fonction à un paiement à l’acte. Ces derniers ont refusé. En grandes difficultés financières, le GCM ne peut pas leur verser leurs indemnités de licenciement sous peine d’être mis en liquidation.

 

"Surréaliste est le mot qui résume le mieux la situation", soupire le Dr Jean-Pierre Sigaud, directeur médical des centres de santé, fraîchement licencié. Comme la majorité de ses collègues, le médecin a préféré se faire renvoyer plutôt que d’opter pour le paiement à l’acte proposé par la Grand Conseil de la Mutualité pour sortir de la crise. "Nous sommes des généralistes. Notre activité est curative, de prévention et de coordination des soins. Pour faire des économies, ils veulent nous rémunérer à l’acte, ce qui reviendrait à nous payer 7,79 euros la consultation, tout cela dans le cadre horaire restreint des 35 heures. Il nous faudrait faire un acte toutes les 12 minutes pour avoir un salaire décent de généraliste", martèle le Dr Dominique Eddy, chef de file de la révolte.

 

"En guerre"

Une proposition qui fait suite à la mise en redressement judiciaire du Grand Conseil de la Mutualité le 8 novembre 2011. "Cette situation oblige le GCM à proposer un plan de redressement pour éponger le passif de 27 millions d’euros et de pouvoir refaire du positif. La date butoir est le 9 mai. Si d’ici là, le GCM ne propose pas de solution viable, la société sera liquidée", explique le Dr Eddy. Favorables à l’idée de participer à l’effort économique, les médecins ont apporté leur propre solution. "Nous avons proposé de faire éclater le cadre des 35 heures et d’offrir nos 22 jours de RTT, ainsi que de perdre une partie de nos indemnisations de garde et de visite à domicile, ce qui équivaut à 8% de notre salaire", souligne le généraliste, avant d’ajouter que "cette solution aurait permis une économie de 700 000 euros". Elle a pourtant été rejetée.

"L’entreprise a fait le choix d’un licenciement économique. Elle voulait changer de modèle. Les dirigeants ne veulent plus faire de la médecine sociale. Ils ont choisi une logique de production", déplore le Dr Eddy. Bilan, 35 médecins généralistes ont reçu une lettre de licenciement économique. "L’administrateur judiciaire a validé notre licenciement, or il s’avère qu’ils n’ont pas l’argent pour nous verser nos indemnités sous peine de liquider la société", dévoile le praticien exaspéré. "Aujourd’hui, nous sommes en guerre. Nous ne voulons pas les épargner", lâche le Dr Eddy.

 

"Fiasco"

Pour le moment, la situation est au point mort. Avant les fêtes de fin d’année, des élus ont été reçu au ministère de la Santé. Le Dr Françoise Eynaud, médecin licenciée et adjointe à la mairie de Martigue, faisait partie du comité invité. "Nous avons alerté le ministère quant à la situation d’urgence. Il n’y a plus de médecins dans les centres de santé. Nous avons constaté que le gouvernement était mal informé", note la praticienne. Au cours de la réunion, un moratoire a été demandé afin d’arrêter les procédures de licenciement. Pour l’instant, pas de réponse. En revanche, une nouvelle rencontre est prévue le 16 janvier prochain, en présence des syndicats. Le Dr Sigaud est néanmoins pessimiste : "la situation est bloquée, la direction reste sur ses positions bien qu’elle admette ne pas être capable de financer son plan de redressement et nous n’avons toujours pas perçu nous indemnisations, ce qui rend la vie compliquée aux médecins qui veulent réinvestir dans une nouvelle activité".

"C’est un gigantesque fiasco" ajoute le Dr Eynaud."Avec une gestion différente et un minimum de dialogue social les choses auraient pu se passer autrement", déplore la généraliste, constatant qu’"aucune négociation" n'a eu lieu.

 

"Colère"

Un fiasco qui retombe déjà sur les épaules des patients, dont beaucoup se retrouvent sans médecins. "Avec notre départ, il ne reste qu’environ dix médecins généralistes en poste.  Ce n’est pas assez pour faire tourner la boîte. Martigue, Port Saint-Louis ou Port de Bouc pour n’en citer qu’une partie, se retrouvent sans généraliste", regrette le Dr Eddy. Et les tentatives de recrutement sont compliquées. "Un médecin originaire de Tahiti est resté en poste un mois. Depuis, il est en arrêt maladie. Un médecin espagnol a été embauché, mais faute de papiers valides, il n’a pas pu continuer et enfin, une généraliste roumaine vient de commencer. Elle remplace cinq généralistes, mais n’a pas de voiture pour pouvoir faire les visites", énumère le Dr Eddy. "Tout cela nous met dans une colère folle. Cette situation est insupportable. Beaucoup d’entre nous en sont malades", se lamente le généraliste.

Du côté de la direction, la voix est douce et le ton se veut rassurant. "Des recrutements sont en cours, les situations sont gérées site par site. Aucune fermeture de centre n’est prévue", assure Cécile Palomo, chargée de communication.

 

Les généralistes licenciés ne comptent pas abandonner leurs patients. Réunis au sein de l’association Les amis de la médecine sociale et mutualistes, une grande partie d’entre eux compte s’installer pour créer des centres de santé. Les autres ne veulent plus jamais entendre parler de mutualité.

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