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Publié par alternativesenmedecinegenerale

petit zoom sur ce médecin généreux : lanceur d'alerte: j'approuve et je partage :

 

autre info par là

 

A partir d'un article Ile de France

« La toute-puissance du médecin qui sait, c’est fini »

Alors que la santé environnementale est au cœur d’un colloque organisé par la Région ce 26 novembre 2012, le Dr Didier Ménard s’exprime sur ses enjeux.


Dr Didier Ménard © Marie Genel/Picturetank


Pollution de l’air, bruit, habitat insalubre, stress au travail… Peut-on améliorer la santé des Franciliens sans améliorer leurs conditions de vie ? Citoyens, élus, associations, entreprises, institutions et experts se penchent sur la question, ce 26 novembre, à l’occasion d’un colloque organisé par la Région. Médecin généraliste à Saint-Denis (93) et président de la Fédération des maisons de santé d’Île-de-France, le Dr Didier Ménard nous donne, quant à lui, sa réponse. Sans langue de bois.

Quel regard portez-vous sur les enjeux de la santé environnementale ?


Didier Ménard : Le lien entre l’état de santé de la population et le cadre de vie est désormais évident. Il est temps qu’il soit pleinement intégré dans les politiques publiques. Les médecins eux-mêmes doivent s’interroger sur leur rôle. Nous savons tous que la prise en charge d’un patient atteint d’une insuffisance rénale chronique sera extrêmement délicate s’il vit dans un logement insalubre. Nous avons le devoir d’interpeller les pouvoirs publics, et d’assumer un rôle de lanceurs d’alerte. C’est notre responsabilité. 

Cela suppose aussi de mieux prendre en compte les politiques de prévention…


D M : La prévention n’est pas encore ancrée dans notre culture. Nous assistons à une explosion de certaines maladies : le diabète, les cancers, les dépressions, les maladies cardio-vasculaires... La médecine moderne a fait d’immenses progrès. Des traitements existent pour les patients diabétiques. Mais le taux de complication demeure. La cause majeure, nous la connaissons : la malbouffe. On sait donc que les réponses durables nécessitent d’agir sur les comportements. Et là, le soin ne suffit plus. 

Et que proposez-vous au-delà du soin ?


D M : Au centre de santé de la cité des Francs-Moisins, à Saint-Denis, nous proposons des activités physiques, nous organisons des marches, nous faisons intervenir une diététicienne, nous donnons des cours de cuisine. Il faut réinventer tout ce qui tourne autour de l’éducation. Mais il faut aller encore plus loin. Si nous voulons que la prévention soit au cœur de nos politiques de santé, nous devons admettre que le patient doit devenir un partenaire, nous devons reconnaître qu’il est un expert de sa maladie et qu’il faut composer avec lui. Pour le médecin, c’est très dérangeant. Le temps de la toute-puissance du docteur qui sait est révolu. L’acte ne s’arrête pas à la prescription médicamenteuse, il faut parfois négocier le projet thérapeutique, passer du soin à la santé. Mais je sais que ce message est particulièrement iconoclaste aux yeux de nombreux professionnels de santé.

Pour accompagner cette politique de santé environnementale, qu’attendez-vous justement de la part des pouvoirs publics, et plus particulièrement des collectivités locales ?


D M : En premier lieu, il faut que les élus arrêtent de dire que la santé des habitants qui vivent sur le territoire qu’ils gèrent, cela ne les concerne pas. Que ce serait l’affaire de l’État, d’une agence sanitaire, de professionnels... Les élus ont un rôle éminent pour développer des politiques de prévention, notamment à l’échelle communale. La Région Île-de-France, elle, a choisi de s’impliquer dans ce domaine de la santé. C’est intéressant d’observer ce mouvement. À elle de construire désormais sa propre politique de santé. Elle ne doit pas se laisser enfermer dans une mission de compenser ce que l’État ne fait plus, ne veut plus faire ou ne peut plus faire. Plus globalement, il est nécessaire de construire une nouvelle démocratie sanitaire, au plus près des populations, au plus près des territoires. 

Photos : © Marie Genel/Picturetank

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