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Publié par alternativesenmedecinegenerale

Lu sur égora le 1er février : j'en retiens qu'effectivement : le problème est bien politique : quelle attractivité pour la médecine générale dans les territoires en zone Urbaine Sensible et ruraux ?

Sur notre territoire, nous relevons les manches : dans l'attente d'un miracle : des volontés nationales de valorisation de la MG !

 

bonne lecture

 

 

Remplacer les médecins par des vétérinaires, interdire l’installation en zone sur-dotée, recourir à l’hôpital pour pallier les carences des médecins de ville, soumettre l’installation à une autorisation de l’ARS ou encore encadrer le statut des médecins remplaçants. Toutes les solutions sont bonnes pour “lutter contre les déserts médicaux”. Ces quelques-mots sont depuis plusieurs mois dans toutes les bouches – et surtout dans celles des politiques – et seront à coup sûr largement diffusés dans la campagne présidentielle. Mais que veulent-ils dire vraiment ? Et sont-ils utilisés sans aucune arrière-pensée ?

 

"Le terme est effectivement très vendeur, réagit le Dr Alexandre Husson, le président du SNJMG (Syndicat national des jeunes médecins généralistes). C’est un moyen pour les politiques de répondre d’abord au malaise ressenti par la population. Avec la crise, les médecins gèrent beaucoup plus de problèmes sociaux. Les patients ressentent le besoin de consulter plus souvent et plus rapidement. Ce qui fait que nous sommes saturés et donc effectivement moins accessibles. Et puis 'lutter contre les déserts médicaux' permet également de réglementer l’activité médicale dans un contexte de réduction des coûts. On veut casser l’image du médecin qui coûterait trop cher à la société alors qu’on joue un véritable rôle social. Mais ce sont de fausses solutions à un faux problème.”

 

"Logique court-termiste"

 

Le terme de "déserts médicaux" employé à toutes les sauces serait donc selon lui exagéré et ne correspondrait pas à la réalité. Une étude de juin 2011 réalisée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) montre estime que le temps d’accès aux soins  est globalement satisfaisant, bien que des inégalités régionales d’accès persistent tant pour les médecins généralistes que pour les spécialistes.

 

600 000 personnes réparties dans près de 1 500 communes se trouvaient ainsi à plus de 15 minutes de trajet d’un médecin généraliste en 2007. "Ça correspond à 1 % de la population française, commente Alexandre Husson. Alors oui, il y a des zones qui présentent un problème d’accès aux soins mais dans ces cas-là, la solution passe par une réorganisation du système de soins et non pas par des mesures coercitives. Le problème c’est que les décideurs politiques ne sont que dans une logique électoraliste, forcément court-termiste alors qu’une bonne politique de santé se construit sur le long terme.”

 

Pour réorganiser le système, dit-il, il faudrait établir une cartographie des besoins des populations en fonction des territoires – une mission confiée aux toutes jeunes ARS – car il semble assez compréhensible qu’un médecin n’ait pas envie d’aller s’installer dans un vrai désert, qui ne serait pas seulement médical pour le coup, sans écoles et sans commerces. C’est donc également une question d’aménagement du territoire. "Ça ne sert à rien que chaque élu local se batte pour avoir son propre médecin ou sa propre maison médicale, il faut plutôt réfléchir en termes de bassins de vie", souligne le Dr Roger Rua, secrétaire général du SML.

 

"Résultats tronqués"

 

Des études existent d’ores et déjà sur la démographie médicale. Elles émanent notamment du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) qui publie chaque année ses Atlas et qui, depuis plusieurs années, met en garde contre une pénurie annoncée de médecins. Un chiffre en particulier est souvent cité – et l’a de nouveau été la semaine dernière lors des vœux à la presse du Cnom. Son président, Michel Legmann, a en effet rappelé que sur dix inscriptions au tableau de l'Ordre, il n'y en a qu'une en libéral. Un phénomène qui paraît effectivement inquiétant mais qu’il faut relativiser puisqu’il ne concerne que les primo-inscrits au tableau.

 

"Les chiffres sont heureusement plus importants que ceux-là, explique le Dr Rua, car sur les 10 000 médecins remplaçants, il y en a un certain nombre qui finit par s’installer en libéral, sauf que le Cnom ne s’y intéresse pas et fournit donc des résultats tronqués. Ce temps de latence entre l’obtention du diplôme et le moment de l’installation doit être pris en compte. Le ministre lui-même [Xavier Bertrand, ndlr], présent lors de l’inauguration des nouveaux locaux du SML, a estimé que ces chiffres sur l’installation n’étaient pas les bons."

 

Une affirmation que conteste Patrick Romestaing, responsable de la démographie au Cnom. Il évoque ainsi une étude récente menée auprès des médecins remplaçants et qui montre qu’une grosse majorité d’entre eux, en effet, disent vouloir s’installer. Ils seraient 70 % selon une autre étude menée par le SNJMG.

 

"En revanche, note le Dr Romestaing, ce qu’il est intéressant de voir c’est que 20 % des remplaçants se verraient bien le rester toute leur vie. Ça c’est un phénomène nouveau qu’il est important de prendre en compte et qui reflète l’envie des jeunes médecins de bouger, d’exercer dans plusieurs endroits, mais aussi leurs incertitudes sur leur choix d’exercice vu le contexte actuel. Il faut donc mettre en place des conditions favorables pour leur donner envie de s’installer et non pas user de la coercition à tout va au risque de les braquer définitivement."

 

Transformation de l’offre de soins

 

La dernière proposition en matière de coercition lancée par le conseiller général d’Aubigny-sur-Nère dans le Cher (18) qui souhaite "s’attaquer aux médecins remplaçants qui ne veulent pas s’installer" risque donc de venir rajouter de l’huile sur le feu et de raviver un débat qui finalement n’a pas lieu d’être. "Il faut calmer le jeu, insiste Patrick Romestaing, la France n’est pas un désert médical. Le débat est monopolisé par des élus soucieux de donner à leurs administrés la preuve qu’ils sont à leur écoute. Ils veulent avoir leur médecin comme ils auraient une salle polyvalente. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche, en tout cas ça ne le sera plus."

 

Finalement, Ordre, syndicats et professionnels sont d’accord pour dire que la coercition ne sert à rien et surtout, que le problème ne doit pas être posé en termes de déserts médicaux mais plutôt de réorganisation de l’offre de soins. La France n’a jamais compté autant de médecins qu’aujourd’hui – ils étaient au 1erjanvier 2011, 216 145, selon le Cnom. Leur densité moyenne est de 306,7 médecins pour 100 000 habitants, un taux qui est parmi les plus élevés d’Europe, mais qui devrait passer d’ici à 2030 à 292 médecins pour 100 000 habitants (la densité médicale globale au Royaume-Uni s’élevait en 2007 à 248,5 médecins pour 100 000 habitants). Faut-il alors s’en inquiéter ?

 

La fermeture du dernier cabinet d'ophtalmologie de Decazeville dans l’Aveyron (12) a fait grand bruit ces derniers jours dans la presse. "Quand on parle de désert médical, ça en fait sourire certains parce que jusqu'ici, on ne voyait pas concrètement ce que c'était. Eh bien, les gens vont maintenant le voir. C'est regrettable, a dit le Dr Michel Boussaton, président du Conseil régional de l'ordre des médecins de Midi-Pyrénées, mais c'était tout à fait prévisible sur la région, qui souffre fortement de cette désertification médicale."

 

Patrick Romestaing prévient au contraire que les Français devront s'adapter: "On a été habitué à avoir un médecin sur le pas de la porte, mais face aux nombreux départs en retraite des médecins, il n’y a pas de solution miracle. Il ne peut y avoir qu’une transformation de l’offre de soins. La population devra accepter de se déplacer davantage qu'avant pour voir un médecin." Une position difficile à tenir en période électorale. Et si la question des déserts médicaux n’était finalement que politique ?

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