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Publié par alternativesenmedecinegenerale

 

Lu pour vous sur egora ce jour 29 décembre

 

Oui, il y aura des difficultés : mais la coercition aura pour effet de faire fuire les derniers qui souhaitent s'installer .... Comment définir le nombre de médecins nécessaire selon le type de patients ? personne ne le fait à ce jour.  Quant à l'inégale répartition des médecins : elle était plus forte il y a une dizaine d'années : pourquoi tant de réactions en ce moment ? 

 

Porteuse d'un projet en zone déficitaire : je témoigne que non nous n'avons pas de tapis rouge devant nous : que oui les difficultés sont importantes et que nous nous sentons seuls à relever nos manches......

 

 

A l’approche des élections - présidentielles et législatives - ce sujet revient toujours sur la table, les politiques cherchant à rassurer des électeurs inquiets de voir disparaître leurs chers médecins. Sauf que cette fois, la situation semble vraiment critique, avec seulement 9% des nouveaux inscrits à l’Ordre qui choisissent de s’installer en libéral. Pour faire face, le gouvernement continue de miser sur des mesures incitatives pour attirer les jeunes médecins. Mais celles-ci réussiront-elles encore longtemps à faire barrage à la coercition ?

 

A Brain-sur-Allonnes, dans le Maine-et-Loire (49), on préfère croire au Père-Noël. Les habitants de cette petite commune de 2000 âmes ont installé à l’entrée de la ville une banderole où il est écrit : "Père Noël, s'il te plaît, un médecin pour nos enfants, nos anciens, nos Brainois." Depuis le départ et le non-remplacement de la dernière généraliste installée il y a six mois, toutes les tentatives pour attirer la perle rare ont échoué, laissant comme unique alternative aux Brainois de s'adresser aux communes voisines ou aux urgences de Saumur, à 25 km de là.

 

Grandes annonces

 

Cette situation est loin d’être exceptionnelle. Les élus, découragés, ne savent plus comment s’y prendre : aide à l’installation de médecins ; construction de maisons de santé ; mise en place de bourses pour attirer les internes... Les solutions sont nombreuses mais elles ne marchent pas à tous les coups, loin de là.

 

Le gouvernement essaie lui aussi de faire avancer les choses, à coup de grandes annonces. La dernière en date, concernant l’augmentation du numerus clausus, a levé un vent de fronde quasi unanime. Syndicats de médecins et d’étudiants, doyens de facs, maîtres de stage, tous se sont prononcés contre cette hausse. L’argument avancé étant celui du manque de moyens dans certaines facultés, posant ainsi la question de la qualité de la formation. "L’augmentation du numerus clausus n’apportera pas de réponse à la désertification médicale de nombreux territoires", avait réagi la Conférence des doyens.

 

Pour attirer les jeunes, le ministère de la Santé a également reconduit cette année les contrats d’engagement de service public (Cesp). Nora Berra, la secrétaire d’Etat à la Santé, s’est ainsi félicitée à la rentrée du bilan de ce dispositif alors qu’un tiers seulement des contrats avaient été souscrits. En échange de son installation dans une zone sous-dotée, le bénéficiaire se voit verser une allocation brute mensuelle de 1 200 euros jusqu’à la fin de ses études, à condition de s’engager pour au moins deux ans. Si le jeune médecin dévisse sa plaque avant cette date, il doit rembourser cette allocation, au prorata des mois manquants. 400 contrats supplémentaires sont de nouveau offerts aux étudiants pour l’année 2011-2012. Et d’ici 2017, il devrait y en avoir 1 200, si l’on en croit la plateforme santé présentée par l’UMP. D’ici là, 1 000 maisons pluridisciplinaires devraient également voir le jour.

 

Préter main forte

 

Parmi les idées imaginées pour lutter contre la désertification médicale, Nicolas Sarkozy compte beaucoup sur les maisons de santé. En visite la semaine dernière dans l’une d’entre elles, le président de la République s'est réjoui de la création de 230 maisons médicales pluridisciplinaires, notamment dans les régions considérées comme des déserts médicaux. "Nous sommes en avance d'un an sur nos objectifs de créer 250 de ces maison d'ici 2013". La nouvelle convention médicale prévoit ainsi de favoriser l’exercice collectif avec la création de "l’option de coordination" (art.36, annexe IV, V et VI).

 

Elle s’adresse aux médecins exerçant en groupe ou pôles de santé dans ou à proximité d’une zone déficitaire. Des aides à l’investissement et à l’activité sont versées au médecin adhérant qui s’engage pour trois ans. L’aide à l’investissement est de 5 000 euros par an pour un médecin exerçant en groupe, de 2 500 euros par an pour celui qui est en pôle de santé. L’aide à l’activité, versée annuellement, est égale à 10% de l’activité (C+V) du praticien en groupe (plafond fixé à 20 00 euros). Pour le médecin installé en pôle de santé, cette aide est égale à 5% de son activité (plafond fixé à 10 000 euros). En contrepartie, le bénéficiaire s’engage à pratiquer des tarifs opposables sans dépassement pour les actes cliniques et pour les patients qui entrent dans le parcours de soins coordonnés.

 

Un autre dispositif pour améliorer la répartition des professionnels de santé sur le territoire est également prévu dans la nouvelle convention médicale. Il s’agit de "l’option santé solidarité territoriale" (annexes VII, VIII et IX). Elle a pour but d’encourager les médecins installés en zones sur-dotées et à proximité de zones sous-dotées à dégager une partie de leur temps médical pour prêter main forte à leurs confrères. Au moins 28 jours par an pendant trois ans. Le médecin adhérant perçoit alors chaque année une prime égale à 10% de son activité (C + V) dans la zone (plafond fixé à 20 000 €) et se voit rembourser ses frais de déplacement. Un groupe de travail va être mis en place pour évaluer l’efficacité de ces mesures. Un bilan général doit être réalisé au second semestre 2013.

 

"Appel aux vétérinaires"

 

Mais toutes ces mesures - incitatives - seront-elles suffisantes alors que la coercition pointe avec de plus en plus d'insistance le bout de son nez ? En trois semaines, pas moins de deux propositions de loi et une résolution parlementaire ont été déposées à l’Assemblée nationale pour lutter de façon plus radicale contre la désertification médicale. La dernière en date – déposée le 10 novembre dernier – émane du député du Nouveau Centre, Philippe Vigier, qui va jusqu’à envisager le non remboursement des actes pour les médecins installés en zones sur-dotées .  

 

Les praticiens seraient ainsi soumis à une "autorisation d’installation" délivrée par l’Etat selon des critères de démographie médicale. Ceux qui ne respecteraient pas ces règles ne verraient plus leurs actes remboursés par la Sécurité sociale. Adieu sacro-sainte liberté d’installation, même si Philippe Vigier refuse de parler de coercition. "Je préfère qu’on parle de limitation. Nous ce qu’on dit, c’est qu’à Tours, c’est non, on ne peut pas s’installer. Mais partout ailleurs, oui !  Et ceux qui vont quand même à Tours, et bien on ne les rembourse plus. C’est une mesure de bon sens. Sinon qu’est-ce qu’on fait ? On nationalise les médecins ? Ça ne marchera pas mieux.”

 

L’adjointe au maire de Dijon chargée de la santé, Françoise Tenenbaum, a bien une autre idée : remplacer les médecins par des vétérinaires dans les zones déficitaires. "Pourquoi ne pas faire appel aux vétérinaires ? En leur proposant une année supplémentaire de formation, ils pourraient intervenir dans les maisons de santé. Vous allez me dire que c’est de la sous-médecine, mais en milieu rural, je suis sûre que ce serait bien accepté par les populations…" déclarait-elle dans les colonnes des Echos du 10 décembre.

 

"Sirènes"

 

Avant d’en arriver là, la question de la démographie médicale va passer l’épreuve de la présidentielle. Jusqu’où oseront aller les candidats ? François Hollande, pour le PS, a déjà fait savoir qu’il était opposé aux mesures "réellement coercitives". Il préfère, dit-il, limiter l’installation des médecins dans les zones sur-dotées, surtout en secteur à honoraires libres, plutôt que de les obliger à s’installer dans les zones sous-dotées. Pourtant, dans le programme socialiste, il est écrit noir sur blanc que les jeunes médecins devront exercer quelques années dans une zone sous-dense à l’issue de leurs études.

 

Hervé Morin, candidat pour le Nouveau Centre, n’hésite pas quant à lui à reprendre la proposition du député du même bord Philippe Vigier. Ainsi, l’ex-ministre de la Défense a expliqué, dans une interview diffusée sur France 3 le 18 décembre dernier, qu’"il ne fallait pas conventionner les médecins qui s’installent là où il y a surpopulation médicale". Nicolas Sarkozy, dont la candidature n'est pas officielle, ne s’est pas encore exprimé sur le sujet.

 

De leurs côtés, les syndicats d’étudiants en médecine ont déjà adressé une lettre ouverte à tous les députés pour les appeler "à ne pas céder aux sirènes de la coercition."

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